• Stéphane Boistard

Expérience mystique



Un ami me demanda : « Je vois des personnes qui vivent des expériences mystiques. Ils ont des visions, des voix qui s’expriment, d’autres rencontrent des êtres féeriques, d’autres font des sorties de corps ou des voyages astraux dans des lieux merveilleux… Non seulement je ne perçois pas ce genre de chose, mais en plus, je me rends compte que malgré ces expériences, la plupart de ces personnes, quand je les revoie, ne sont pas plus heureuses et sont tout aussi embourbées dans leurs problématiques de vie. A quoi servent donc ces expériences mystiques ? »


Lorsque nous sommes sur la terre ferme, nous pouvons voir ces horizons qui s’étendent au loin au dessus de la mer. Les regard peut se laisser emporter, amenant avec lui nos pensées. Nous volons avec les nuages, par-dessus les flots. Le regard nous entraîne dans un horizon si vaste et si mystérieux. Un instant, nous ne sommes plus là. Nous sommes cet horizon. Vaste. Infini.


Les expériences mystiques ne sont pas des fins en soi. Les anges et les fées que j’ai rencontrés étaient plus que des apparitions. Ils étaient emplis d’une aura lumineuse, chaude, et venaient toucher en moi des espaces que je ne connaissais pas. J’ai fait l’expérience d’un amour no humain. Au-delà de l’humain. Et effectivement, comme ce furent des expériences brèves, au-delà de l’image de leur présence, cette vibration s’est rapidement estompée. Cela ne m’a pas rendu meilleur ou plus sage. Pendant un temps, j’ai accueilli ces présences. Car elles se sont présentées plusieurs fois. Puis je les ai cherchées. J’en parle au passé, car elles ont disparu. Elles ne sont plus apparues.


Ces expériences ne sont pas une fin en soi. Si nous cherchons à les reproduire, à les provoquer, elles peuvent apparaître. Mais faisant cela, nous limitons leur portée et leur message. Nous laissons à l’extérieur les graines de lumière que ces expériences déposent en nous. Nous accumulons les expériences comme nous accumulons des graines, sans penser à les planter. Planter une graine est la possibilité de laisser croître une merveilleuse plante qui produira à son tour des graines.


Ces expériences sont donc des graines. Données à un moment de notre existence. « Bien » dit l’ange. « Continue. Sois le terreau. Laisse germer les graines ».


Pour être un bon terreau, il s’agit de composter ce qui doit être composter. Transformer. C’est ce qu’il y a à faire. Transformer devient une priorité. Un but de vie. Transformer ce qui encombre. Ce qui obscurcit. Car le terreau n’a qu’un seul but : accueillir la lumière. Dans sa matière sombre, réside une lumière peu visible. La lumière de l’amour et de la vie. Transformer.


Une expérience mystique est comme un phare. Elle n’invite pas à monter dans le phare. Car monter dans un phare ne permet pas mieux de voir ce qu’il éclaire. Nous prenons juste un peu de hauteur. Momentanément. Puis nous descendons du phare et nous sommes toujours sur la berge à regarder l’horizon. L’expérience mystique est cet encouragement que certains reçoivent à aller explorer l’inconnu. Elle éclaire la nuit, nous montrant que la nuit n’est pas un vide sombre. Sur la berge, nous restions à regarder l’horizon. Le phare éclaire la mer. La nuit.

« Va. Marche sur les flots. Quitte le connu. Quitte tes limitations. Va. L’horizon est ouvert, il n’attend que toi. Je ne suis qu’un phare. Je ne peux aller plus loin. Je suis limité à rester ici. Alors que toi, tu peux être la lumière qui marche sur les eaux. Va. Emporte ma lumière. Emporte là au-delà des horizons. Au-delà de ta vue. Traverse la nuit, il y a là-bas un magnifique soleil ».


Courage. C’est en encouragement. A aller au-delà de nos connaissances. De nos croyances. De nos limitations. C’est un élan empli de foi. Quoiqu’il arrive, je porte en moi cette lumière. Je n’abandonnerai pas. Jusqu’au soleil. Jusqu’à la pleine lumière. Je n’arrêterai pas. Je porte cette lumière. Le phare me l’a dit.


Une expérience mystique est un souvenir. Avec la valeur d’un souvenir. Changeant. Une vibration qui s’estompe. Une vision figée dans le temps. Dans une temporalité. Une photo ne rend pas la mémoire. Une photo ne rend pas la magie du moment vécu. Car cette magie ne peut se vivre que sur le moment. Au présent. Il se peut que ces transformations comme un terreau, cette persévérance comme la lumière du phare, soient emplies de tant de changements que nous ne percevions plus pareil l’expérience. Dans ce souvenir, l’être qui regardait, l’être qui recevait, était un être ancien. Passé. Nous n’avons plus la même énergie. La lumière grandit en nous. Les parts sombres se compostent. Nous n’avons plus besoin d’encouragement, car nous portons la lumière. Nous ne sommes plus la même personne.


Chercher à reproduire une expérience mystique revient à oublier le compost, ou à grimper dans un phare. Nous sommes plus que cela.


Car en fait, nous ne pouvons pas marcher sur l’eau. Nous sommes limités. Seul l’ange en nous permet cela. Aller au-delà de nos limitations. Que nous vivions des expériences mystiques ou pas, l’ange est en nous. Pour se rappeler à nous, parfois il nous présente des amis. Des confrères. Parfois il ne le fera pas.


Certains ne verront pas le phare. Certains ne verront même pas l’horizon. Nous pouvons rester attachés à cette terre. A nos contraintes. A ce que nous imaginons de matériel de la terre.

Certains sentiront la lumière dans cette terre. Cette lumière en chaque être parfois.


Celui qui a vécu l’expérience mystique restera sur la berge. Certains le verront, le regard au loin. « Le pauvre, il espère ». « Il est fou d’attendre ainsi ». « Encore un illuminé »… Oui. Dans la pauvreté. Le dénuement intérieur. Une folie émerge. Une folie douce. Hors du monde. Légère. Qui illumine. Celui qui a vu la lumière, ou qui sait qu’elle existe, reste sur la berge. Le regard au loin. Vide. Sans attente. Sans lendemains. Car son regard n’est pas perdu. Il est à l’horizon. Il est cet ange qui marche au loin sur les flots. Le corps sur la berge n’est qu’apparence. Au loin, léger, scintillant, il marche.


En fait, nous ne marchons pas vers la lumière. L’ange ne marche pas vers l’horizon. Il vient de la lumière. Il vient de l’horizon. Il vient vers nous.


Le regard ouvert, le corps ouvert, les pensées ouvertes, tout est ouvert en nous pour le laisser entrer. Avec lui, il amène l’horizon. Et la lumière. Et alors en nous se manifeste un nouvel espace. Vaste. Infini. Nous devenons cet horizon. Nous portons cette lumière. Puis nous pouvons à nouveau marcher sur cette terre. Quand nous marchons, l’ange marche avec nous. L’horizon marche avec nous. Et le soleil ne se couche jamais. Plus besoin de phares. La lumière est là.

Naturelle.

Resplendissante.

Pleine.


Et dans la lumière, tout apparaît.

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