• Stéphane Boistard

L'Ange Intime



Après presque 3 ans sans maison, je pose mes affaires dans une location. Avec Marie.

Cette expérience de semi nomadisme a été riche. Entre roulotte, yourte, maison, cabane… en France, à l’étranger, c’est une forme de légèreté nécessaire d’être en mouvement. Difficile à concilier avec notre activité de retraites dans la nature, en terme de matériel à déplacer, et surtout dans la relation intime avec un lieu.

Alors nous avons choisi une forêt. Ou du moins, parmi les diverses possibilités que nous avions imaginé, c’est la forêt qui nous a choisi. Et la maison aussi. En location. Pour une durée indéterminée. Sans avoir l’intention de rester, de s’implanter, et sans avoir l’intention de partir. Sans intention. Juste suivre les guidances. Ajuster à chaque instant la cohérence. Revenir à la présence cristalline. Habiter sans intention. Vivre un habitat sans projeter une vie à l’intérieur ou ailleurs. Être au plus juste, quel que soit le lieu. Vivre en sachant l’impermanence. En l’acceptant. En prenant le temps de la regarder aussi, cette impermanence.

J’essaie de me poser sans rien faire. Juste dans l’observation. Pas la rêverie. Dans l’observation, il y a une sorte de vigilance. La rêverie m’entraine ailleurs. Hors de la vie. Elle m’entraîne dans un imaginaire, une sorte d’idéal hors du corps, hors de l’instant. Parfois, j’expérimente ces voyages en rêveries. Mais la plupart du temps, j’observe. Une observation qui accueille divers parasitages de pensées, d’émotions, d’histoires sur les autres, sur la vie, sur moi-même… La méditation permet d’explorer ce qui « n’est pas ». D’enlever le superflu. Revenir au léger et au flux de la vie.

Être.

Sans histoire.

Sans connu.

Juste Être.

Et s’abandonner dans cet état. Comme un chat qui dort. Dans un état d’abandon vigilant. Et cela se produit. Un état lui aussi fugace, impermanent. Plein, comme la vie. Paisible. Sans condition.

Ces moments me permettent de voir cette fausse paix que je vis parfois. Quand j’ai l’impression d’un grand calme, que les conditions sont rassemblées pour que je sois calme. Les objets rangés d’une certaine façon, le repas fait ou en préparation, un toit agréable et sécurisant pour dormir… Quand je suis dans ma zone de confort. Je la connais, car la paix et le confort sont si facilement déstabilisés dès qu’un événement vient légèrement secouer cet état : une information, une douleur corporelle, une parole indélicate… Je connais cette zone de confort. J’y suis quand je suis dans le calme séparé. Il y a moi, dans le calme, et le reste du monde. Et tout est merveilleux… Je reconnais dorénavant ce calme, car il est empli d’histoires en sourdine. En arrière plan. Je le connais maintenant, ce calme qui n’en est pas. Un calme factice, imaginé le temps d’un instant…

Car il y a l’autre calme. Celui qui ne bouge pas avec les histoires. Celui qui est toujours présent, et qui attend patiemment que j’enlève mes leurres pour revenir à lui. Ces leurres que je pose pour moi, et pour autrui. Ce personnage aux multiples facettes. Je le perçois aussi, quand les leurres sont posés, il y a une qualité. L’ange. Je le perçois. Je l’appelle ainsi, car il n’est pas moi. Pas un prénom. Pas une forme. Pas une histoire. Une qualité dans laquelle je me laisse délicatement absorber. Sans crainte. Sans séparation. Sans volonté. Juste présent. Je ne deviens pas ange. Je le suis déjà.

L’ange est présent dans l’arbre, dans l’étoile, dans chaque être, dans le visible et l’invisible.

L’ange est immuable.

Permanent.

Ouvert.

Il nous accueille.

Pour nous déposer dans cette qualité.

Dans une absorption.

Une dissolution.

Dans la paix.

Et il n’y a rien à faire.

Une fleur manifesta son envie d’eau. Sèche dans son pot, elle attira le regard. Sans intention, le corps a pris le pot et offert de l’eau. La paix n’a pas été perturbée. Rien n’a été fait. Rien n’est à faire. Tout s’accomplit.

Nous n’avons pas besoin d’être heureux, nous le sommes déjà. Nous avons à cesser de nous attacher à la peur et à ce que nous ne sommes pas. Revenir à ce que nous sommes. Au-delà de la forme. L’ange n’attend que notre relâchement. Ce geste qui lâche les saisies et s’abandonne en confiance. Là est la foi. Sans preuves et sans épreuve. Juste saisir et lâcher. Quand le corps et les pensées se relâchent. Se déposent.

Parfois, j’aimerai mettre en place des stages et formations sur la sylvothérapie, ou sur la santé naturelle avec entre autre la gemmothérapie. Je vais peut être en proposer quelques sessions… mais l’essentiel, dans ce je perçois, se situe ailleurs. A quoi sert d’essayer de limiter les symptômes quand le corps et la psyché demandent à revenir à la paix. A revenir à ce que nous sommes vraiment. J’aime partager avec des personnes qui sont orientées vers cette réalité. Cette émergence du nouvel être, de la nouvelle Terre. Aucune technique ne peut permettre cela. Aucune méthode. Au mieux, des techniques ou méthodes aident à limiter les plus gros parasitages. Mais le reste est une posture. Intransigeante. Aussi ferme et puissante que l’intuition qui la porte : il y a une autre qualité que celle que je connais. Je peux tout mettre en œuvre pour aller vers (et dans) cette qualité. Car c’est là que se situe la vie. C’est là que se situe la paix. C’est là que se situe l’amour. Pas leurs concepts ou leurs imitateurs. Pas ce qui est fragile, mortel, illusoire, fugace, conditionné, séparé… Cela est de l’ordre des imitateurs. J’y ai crû longtemps.

Il y a cette autre réalité. Non fragile. Non mortelle. Intemporelle. Infinie. Illimitée. Non séparée. Qui ne dépend que de nous pour y aller. Pour s’y dissoudre.

Les résistances sont parfois fortes. L’ego est tellement bon imitateur, qu’il peut générer toutes sortes d’histoires. Car c’est une qualité pour la mort. Il ne peut que nous conduire à la mort. Il peut même nous détruire. Se tuer soi même avant d’attendre la mort naturelle de l’ego. L’autre voie, c’est la dissolution. L’ego ne meurt pas. Il vit en sachant qu’il est vu pour ce qu’il est. Transitoire. Capricieux. Il est vu depuis l’espace qui ne s’attache pas. Qui ne se tâche pas. Où tout se fond dans une forme de pureté.

Je conclus cette lettre par deux citations, l’une de Albert Einstein, l’autre du prêtre jésuite Pierre Teilhard de Chardin. Plus que les personnages, ce sont ces mots, qui invitent à mettre notre énergie et notre confiance dans ce processus de transformation intérieure.

Le premier mentionne :

« Un être humain est une partie d’un tout que nous appelons Univers. Une partie limitée dans le temps et l’espace. Il s’expérimente lui-même, ses pensées et ses émotions comme quelque chose qui est séparé du reste, une sorte d’illusion d’optique… de la conscience. Cette illusion est une sorte de prison pour nous, nous restreignant à nos désirs personnels et à l’affection de quelques personnes près de nous. Notre tâche doit être de nous libérer nous-mêmes de cette prison en étendant notre cercle de compassion pour embrasser toutes créatures vivantes et la nature entière dans sa beauté. »

Et le second, comme en écho, « quelque jour, après l’éther, les vents, les marées, la gravitation, nous capterons, pour Dieu, les énergies de l’amour. Et alors, une deuxième fois dans l’histoire du Monde, l’Homme aura trouvé le Feu. »

Dans la sérénité,

Stéphane

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