• Stéphane Boistard

Porteur de lumière


Je mangeais avec Didier. Mon fils aîné.

Bien que le connaissant, il me paraissait étrange. Il avait changé. Peut être était-ce mon regard qui avait changé.


L’un face à l’autre. Il me parlait. Je l’écoutais. Il émanait de lui un calme. Une douceur. Puis il s’est tût. Nous sommes restés en silence. J’écoutais. Je percevais une présence dans ce silence. Je percevais cela intérieurement.


Après le repas, nous avons fait une ballade sur les quais et je l’ai reconduit à la gare. Le prochain train était dans trente minutes. Bien. Nous nous sommes assis un peu à l’écart, sur des sièges de la gare. Nous sommes restés silencieux. Côte à côte. Présents.


A nouveau, je sentais sa présence. Je lui demandais si je pouvais le toucher. Il acquiesça. Je sentis alors avec ce contact une lumière m’envahir. Un amour que je percevais clairement est passé en moi. Je prenais la foudre. Une foudre d’amour. Un amour qui n’est pas humain. Un amour qui brûle à l’intérieur et nous fait percevoir ce qui reste une fois que nos noirceurs et nos résistances ont cramé : un vaste champ de lumière. Un champ vibratoire d’amour intense.

Je lui demandais si je pouvais prendre son pouls. Il acquiesça à nouveau. Son pouls était rond, fort, présent.


J’étais surpris. Pas comme un père qui regarde son fils. Mais comme un homme qui regarde un ange. Sous l‘apparence de ce jeune homme, en prenant le temps de se connecter, il y a un ange qui offre sa présence intense.


Il y a différentes façons de voir le monde. Parfois, quand le regard dépasse l’histoire, apparaît une grâce. A travers une présence. Une présence bienveillante. Un porteur de lumière. Le porteur de lumière porte la lumière. Il en est la porte. Une porte accessible à qui peut la voir. Le porteur de lumière ne perçoit pas toujours la lumière et l’amour qui le traverse.

Un porteur de lumière est une porte vers un espace de lumière.


Didier a pris son train.

De retour à mon logement, je me suis allongé. La présence était encore là. La vibration. J’ai fermé les yeux. Je me suis laissé emporter. J’ai voyagé. Mon corps a tremblé. Vibré. Les spasmes se sont atténués, puis progressivement je n’ai plus rien perçu. J’avais quitté l’espace de perception. Il n’y avait plus de pensées. Plus aucune pensée. Je vivais une profonde reliance. Une connexion avec tous les êtres. Je percevais, je ne sais pas comment, une forme d’amour qui relie les êtres.

Je venais de recevoir la foudre. Là, je voyageais dans sa lumière.


En me réveillant de ce voyage immobile, je suis sorti. Le monde était étrange. Comme sorti d’un rêve. Comme bougeant sans avoir conscience de cette reliance lumineuse entre tout ce qui vit. Humains, voitures, bâtiments, ciel… tout est relié. Le vivant et le non vivant. Tout est là dans ce flux d’amour. Car il embrasse tout. Il embrase tout.


Il y a de nombreux porteurs de lumière. De tous âges. Au-delà d’une rencontre verbale, nous pouvons nous laisser toucher. Touchés par des porteur de lumière. Les porteurs de lumière nous révèlent cette connexion que l’âme possède. Certains semblent dépourvus de cette connexion. D’autres l’ont. C’est ainsi. La lumière avive cette connexion, et nous rend alors porteur de lumière à notre tour. Entre porteurs de lumière cela fonctionne. Ce médaillon invisible au niveau du cœur. Dans l’ouvert, se laisser toucher par un porteur de lumière, c’est accepter la foudre. Accepter sa lumière. Accepter son amour brûlant. Et porter à notre tour la lumière qui s’est réveillée.



  • Facebook
This site was designed with the
.com
website builder. Create your website today.
Start Now