• Stéphane Boistard

Rencontre avec un être rayonnant


Lorsque j'ai rencontré pour la première fois cet homme, ce poète de la Nature, il me rappelait Rilke (le poète que j'aime tant). Il avait quelque chose de si profond dans le regard et dans sa présence. Une sagesse paisible. Une force tranquille et pourtant irradiante. Il irradiait une sorte de paix heureuse. Voici un extrait de notre rencontre, quelques lignes retranscrites ici , pour vous. Nous parlions de l'appel à un changement profond des êtres et de la société.


- ...Vous me paraissez bien sûr de vous.


- Vous avez raison. Cela n’est pas accessible à tout le monde. Car tout le monde n’en ressent pas l’appel. Vivre avec l’appel des profondeurs, vivre en sachant que notre vie est autre chose que ce que nous an avons appris par les livres et notre éducation, ce n’est pas proposé à tout le monde. Mais pour celles et ceux qui se sentent touchés par la beauté et la poésie du monde, alors là il y a une possibilité. Là c’est d’un seul coup accessible. C’est plus qu’accessible. Cela devient une nécessité. Un appel. Que chacun va suivre à son rythme, avec ses moyens. C’est comme une soif qui ne peut être étanchée que par l’expérience.


- Vous dites que la nature est un livre, un grand livre, mais ce n’est pas tout le monde qui a la grille de lecture, qui sait lire. Peut être que nous sommes des analphabètes de la nature…


- Peut être. Depuis des années, je ne peux que constater que de plus en plus de personnes vont vers la nature avec cette soif. Cette envie de sensibilité et de poésie. Nous y sommes. Le monde n’a pas le choix. Nous ne pouvons pas sauver la nature sans faire l’expérience intime de cette nature. En ouvrant notre coeur. Je pense que c’est une expérience d’amour. Qui peut sauver non seulement la nature, mais chacun d’entre nous.

Les anciens parlaient de géomancie. En lisant les signes de la nature, il est possible de lire ce qu’il se passe à des distances très éloignées. Je connais des personnes qui interprètent les signes d’un lever ou d’un coucher de soleil, d’un vent, d’un vol d’oiseau. Ils arrivent à lire dans la nature ce qui va se manifester dans le monde. Je connais une personne qui fait cela. C’est extraordinaire. Un vrai magicien. Ça, c’est rare et peu accessible.

Mais revenir à l’amour, la paix ou la joie avec l’aide et l’accompagnement de la nature, c’est accessible à chacun. C’est accessible. Fermez les yeux. Ressentez comme cela résonne en vous.


Effectivement, ces propos me paraissaient si évidents. Mais je me sentais si éloigné de ces perceptions que je lui exprimais, comme un regret.


- Ne regrettez rien. Ce goût d’inaccessible pour l’instant est la soif. La soif qui monte. Expérimentez. Et plus que cela, déployez. Déployez le fruit de votre expérience avec la nature. Si vous cueillez, partagez avec joie le fruit de vos cueillettes. Si vous écrivez, déployez. Si vous éprouvez de la paix, déployez… Laissez ces flux vous traverser. Faites des offrandes aux arbres. Dites leur que vous les aimez. Serrez les contre vous… et sentez les frissonner. Osez l’impensable. Osez rencontrer la nature. Osez la rencontre. Et gardez bien en vous cette conviction. Quoique l’on vous dise, ce que vous aurez expérimenté est juste. Ne demandez pas à un monde fou de valider vos expériences et compréhensions. Ne vous laissez pas désenchanter. Au contraire, enchantez le monde. Offrez votre chant au monde, ça lui redonne des couleurs.

Osez la confiance et l’abandon.

Il ne s’agit pas de vous.

Il s’agit de vous mettre au service de la vie, dans ce qu’elle a de lumineux et de simple.

Osez embrasser un arbre.

Osez lui parler.

Osez l’écouter.

Puis déployez.

Déployez.

Concrètement.


J’aurais aimé vous dire que l’entretien fut riche et que j’en fus heureux. Mais ce ne fut pas le cas. Nous avons continué encore un moment. Nous avons même profité d’une éclaircie pour faire quelques pas dans la forêt. Mais cet entretien m’a bouleversé. Sur le retour, j’étais tellement absorbé par ce que j’avais vécu que j’ai frôlé l’accident de voiture. De retour dans mon foyer, je n’arrivais pas à partager ce qui s’était passé. J’avais du mal à mettre des mots dessus. Ma vie qui semblait bien remplie me sembla d’un seul coup fade et compliquée.


Comme je le compris plus tard, c’est qu’en moi, la digue avait cédé. J’avais cédé à ce que je refrénais depuis longtemps. J’ai senti en moi cet appel. Cette soif dont il parlait. Une soif de vivre. De me sentir vivant. De me sentir heureux. Ne sachant pas trop comment m’y prendre, je lui ai demandé de m’accompagner. Cet entretien a été le début d’un beau chemin. Progressivement je me suis éloigné de lui pour suivre mon propre chemin. Mon propre rêve. Je ne sais pas si je deviendrai un poète à mon tour. Mais je fais le souhait que de nombreux poètes continuent à nous inspirer. Encore et encore. Pour un monde plus heureux.

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