• Stéphane Boistard

Sensible



Dans les temps actuels, les 3 mondes ont une nouvelle conjonction, comme si trois planètes s’alignaient. Les trois mondes, ou niveaux de réalité de la tradition celtique semblent s’aligner, et proposer des ponts, des passages, que certains empruntent.


Ces trois mondes coexistent. L’Inde est en quelque sorte le témoin majeur, le gardien de cette qualité, que l’humanité expérimente. Individuellement et collectivement.


On attribue à Teilhard de Chardin cette phrase :

« Nous ne sommes peut-être pas un être humain faisant une expérience spirituelle, mais plutôt un être spirituel faisant une expérience humaine ». Il se peut que parfois, souvent même, nous soyons encore « moins » que cela.


C’est une belle occasion d’utiliser le curseur, cet outil qui permet « d’observer » ou « d’écouter » où nous en sommes, dans quel monde nous vivons, et comment accepter nos sensibilités et les laisser se déployer.

Premier monde : L’être humain faisant une expérience humaine

Voici une description relative et courte, car c’est un niveau de réalité dont nous connaissons majoritairement la qualité.

Nous connaissons ce monde, car il est perceptible, et nous y avons vécu et nous y vivons, au moins à temps partiel.

Quand l’humain se prend pour ce qu’il croit être : une identité, une expérience limitée comprise individuellement entre une naissance et une mort, et collectivement une simple existence dans une histoire qui débute à la préhistoire pour arriver aux temps modernes, avec une perspective d’un futur à venir. Principalement identifié à son corps, à ses sens, à ses capacités intellectuelles, cet humain est attaché à son histoire. Et cette histoire alterne entre plaisir et déplaisir. Perceptions, idées ou sensations plaisantes ou déplaisantes.

Dans ce monde linéaire, des valeurs sont défendues, afin de maintenir et conserver ce monde. Des valeurs et des croyances en un avenir meilleur, où la notion d’élévation, d’ascension, passe par une reconnaissance collective (la « réussite ») sociale, professionnelle, familiale… L’humain se définit avant tout comme un individu au sein d’une société. « Je suis moi ».

Le curseur reste bloqué dans ce premier monde, comme dans un territoire à défendre. Cela entraine souvent jugement, rejet, mépris, pour ce qui serait un autre monde. Car ce premier monde est gouverné par la peur et la (fausse) sensation de pouvoir comprendre, contrôler ou maîtriser un ensemble de causes/conséquences.

Etant inscrit dans le temps, et étant identifié à son rôle et à son corps, l’individu ne peut que décliner progressivement, glisser sur une pente qui conduit à ce néant que représente la mort.

Pour cet individu, la vie est principalement vécue durant l’état de veille, le reste étant presque une perte de temps. Une perte de profit, car la vie est un profit. Un « quelque chose » à « gagner », avec ses buts à atteindre, ses objectifs à accomplir, ses devoirs…

La joie est principalement sensorielle, et fondamentalement fugace. Tout plaisir est par nature fugace, avec cette incessante quête de satisfaction.

Dans ce niveau de réalité, l’humain lutte contre l’inéluctable : la fin des plaisirs, la fin d’une situation, l’impermanence…

Bien souvent, ce que l’individu ne pourra pas atteindre, il l’espère collectivement. Une stabilité, une sécurité, que le collectif va permettre de génération en génération. Un but espéré, comme un mensonge collectif, tant cela est irréalisable. La permanence, la perfection permanente n’est pas possible humainement, que ce soit à l’échelle individuelle ou à l’échelle collective.

Ce premier monde est le monde des relations matérielles, financières et familiales. Les médias, tout comme les systèmes éducatifs, martèlent leur message afin de maintenir l’individu dans ce monde. Le curseur est bloqué…

Deuxième monde : l’être humain faisant une expérience spirituelle

Ce niveau de réalité est toujours centré sur le « moi », mais avec une interrogation : qu’est-ce que ce monde ?

Car il émerge à un moment ou à un autre une évidence : il y a autre chose.

Et cette question génère un mouvement intérieur, afin de trouver des réponse. Il y a souvent comme but, avoué ou non, la quête d’un « mieux ». La recherche de réponses à des questions et à des mystères.

Ce sont alors des recherches personnelles ou collectives sur la mort, avec son cortège d’hypothèses et d’apparitions angéliques, fantômes, énergies subtiles… La mort est questionnée, analysée, et des théories émergent sur ce mystères, sur la notion de vies antérieures, sur d’autres plans d’existence possibles… Nous avons la possibilité, à nouveau, d’être sauvé.

Peut être que nous pouvons échapper à la mort, à la fin de l’être que nous sommes. « je ne vais peut être pas arrêter mon expérience la fin de ce corps. Il y a peut être autre chose. Il y a sûrement autre chose. Une porte. Une issue. Un espoir ».

Conjointement à cette recherche, une perception de la réalité peut changer. Cela passe principalement dans des énergies perçues : par le toucher (corps énergétiques), par la vue (auras, fantômes, anges, fées…), par le son (voix, guidances…), par les parfums…

L’intelligence auparavant centrée sur le cerveau explore d’autres possibilités : l’intelligence de la peau, l’intelligence du ventre, l’intelligence du cœur…

Cette exploration est un voyage dans le mystère. De nouvelles perceptions viennent conforter le chercheur. Que ce soit mentalement ou sensoriellement.

Dans ce monde linéaire, de nouvelles dimensions apparaissent, ouvrant un champ de possibilités énorme. Ces dimensions, sous forme de perceptions, sont plus ou moins agréables à nouveau. Plus ou moins matérielles, plus ou moins immatérielles. Car le monde invisible est un monde potentiellement habité. Visible et invisible se côtoient, s’influencent.

Le curseur est toujours présent. Centré sur le « moi », il évalue ce qui nous arrive, compréhensions et expériences. Ce curseur est souvent appelé « conscience », qui est en fait une forme d’attention. « J’ai conscience de ceci ou de cela » est en quelque sorte « mon attention a perçu ceci ou cela ».

Dans cette phase, il y a plus ou moins de rejet de la matière et de ses codes.

Le curseur permet d’observer ce qui est de l’ordre du premier monde uniquement basé sur la matière, et ce deuxième monde navigant entre matière et non matière, visible et invisible, cette vie et d’autres vies possibles… Le monde des rêves est inclut dans la vie, et n’est plus remisé comme une perte de temps. Rêve et repos sont mieux acceptés dans ce niveau de réalité et participent à l’émancipation de l’individu. Les qualités physiques, symboliques, imaginaires et archétypales se superposent et s’enrichissent, afin de vivre mieux et de comprendre mieux.

Bien souvent ce qui est perçu depuis ce deuxième monde ne peut être partagé avec les personnes du premier monde. Un passage est nécessaire pour pouvoir échanger, partager. Il y a comme une opposition, voire une guerre de territoire entre ces deux premiers mondes. Chacun essayant de défendre son territoire en rejetant l’autre. Car il y a comme une évolution perceptible lorsque ce deuxième monde est exploré.

Pour un chercheur, aiguisant sa sensibilité, cela peut devenir éprouvant.

Troisième monde : l’être spirituel faisant une expérience humaine

En fait, il s’agit plus d’une qualité spirituelle, non localisée dans une forme, dans le temps ou dans l’espace, non figée dans une temporalité, qui fait une expérience de perception limitée dans le temps et dans l’espace.

Car il y a cet effondrement de l’être. Du « moi » qui surgit, et une certitude émerge. La certitude qu’il y a autre chose que ce moi. Que cette histoire. Sans vraiment savoir d’où vient cette certitude, elle est là. Le seul effort à fournir, c’est de la laisser émerger. Ou du moins, de la bloquer de moins en moins. La Présence. La Transparence. Devenir cette transparence.

Laisser la matière devenir lumière, avec tout le prisme de teintes et de modulations que cela comporte.

Le curseur navigue alors dans les trois mondes, les trois niveaux de réalité, en sachant qu’il n’y a en fait qu’un seul monde. Celui de la Conscience. Celui de la Lumière. Certains diront, puisqu’il s’agit de poser des mots parfois, « Dieu ». Au-delà d’un concept, un mot. Pour définir ce qui n’est plus conceptualisable. Ce qui ne peut être que expérience. Non décrite, non descriptible.

Cela est su. Pas par une intelligence. Mais par une certitude. De tout son curseur, de tout son cœur, de toute son âme, de tout… Les mots manquent. Ils ne peuvent souvent que décrire ce que cela n’est pas.

Le curseur permet d’observer ce qui n’est pas. Il permet d’observer le premier et le deuxième monde, et il se fond dans le troisième monde. Il y plonge et en émerge. Tout comme l’individu se fond dans son corps à l’état de veille et se fond dans un infini dans son sommeil profond. Certains disent que l’individu fait une expérience momentanée, puis se fond dans la Conscience durant le sommeil profond, et a la surprise de faire à nouveau une expérience de veille. C’est cette alternance qui fait lever le soleil. Quand l’expérience cesse, la perception cesse. Le soleil cesse peut être. Car le monde est alors perçu pour ce qu’il est, au-delà de la capacité limitée du mental. Au-delà de ce que les sens habituels perçoivent.

Ce troisième niveau de réalité est une expérience qui se manifeste dans le monde sous forme de guides et de présences rayonnantes perceptibles au-delà de la forme. Des guides humains, animaux, végétaux, de grandes montagnes, des présences invisibles…

Rencontrer un guide spirituel est au-delà d’un chemin de sagesse. C’est un chemin alchimique où l’individu se transforme radicalement. Il quitte le premier et le deuxième monde lorsque progressivement, il se fond dans la qualité d’amour (qui est la nature de la Conscience).

Les individus du premier ou du deuxième monde perçoivent parfois les qualités de ce troisième monde, de façon fugace, et en essayant de s’en défendre. Car momentanément, le curseur est là, chez les êtres qui n’ont pas encore réalisé pleinement la transformation. Le curseur oscille entre le premier monde, le deuxième et le troisième. Cela ramène dans les deux premiers mondes de la lumière, et en même temps, il y a parfois saisie, comme une tâche, qui vient momentanément s’accrocher à la matière qui n’est pas complètement lumière. C’est tel guide spirituel qui va expérimenter, de façon mesurée ou en excès, le pouvoir, l’argent, le sexe, la manipulation mentale, la spéculation de biens… avec intention d’en profiter. Cela fait partie de la phase de transformation pour certains. Et cela n’enlève en rien cette part lumineuse authentique. Chaque état, chaque phase est vécue pleinement. Jusqu’à ce que la retournement aie lieu. Il ne reste alors qu’une émanation, à travers un corps ou pas. Une des grande émanations est Jésus, que l’on présente dans les deux premiers niveaux de réalité. Il existe des êtres qui ont cette qualité, à l’époque actuelle. Cette qualité s’est touours manifestée, car elle est hors du temps. Certains humains franchissent le cap de la transformation complète. La « réalisation ». Quand l’humain réalise sa transparence, tout en la laissant être dans ce corps, dans ce monde, et dans tous les mondes…

C’est ce qui est évoqué quand les disciples demandent à Jésus de leur expliquer ce qu’est cette transparence. Ils marchent avec lui, écoutent ses enseignements, assistent à des miracles, mais ne comprennent pas. Il y a quelque chose d’autre que ce qui est perçu. Comme un « truc » qui n’est pas encore vu lorsque le magicien fait son tour de magie.

Ce besoin de comprendre est sain.

Pour Jésus, il s’agissait de rendre intelligible un message qui n’arrivait pas à passer malgré toutes ces manifestations, tous ces témoignages qui passaient à travers lui. Qu’y a-t-il au-delà des mots de sagesse, au-delà de cette vibration douce et guérissante de ce corps aimant, qu’y a-t-il derrière la forme, qui puisse être partagé ? Comment l’expliquer ? Le transmettre ?

C’était un jour où le soleil brillait, et que les disciples suivaient leur guide sur un chemin de montagne. Jésus devint alors transparent.

Les disciples virent leur « maître » arrêter sa marche, se tourner vers eux, et écarter les bras. Certains ont essayer de mettre des mots : « lumière intense », « vagues invisibles puissantes », « débordement d’amour dans le corps »… A nouveau, seule l’expérience…

Dans le troisième monde, une alchimie naturelle opère. Une transformation.

Pour certains, c’est une fulgurance. Qui ne part pas.

Pour d’autres une expérience fugace. Qui va revenir de plus en plus souvent.

Pour d’autres un long chemin. Un chemin d’alchimie, de transformation intérieure.

Quel que soit le mouvement, il y a un appel. Un profond ébranlement de l’être. Imperceptible depuis l’intérieur, il y a une terre intérieure qui se fendille et s’effrite.

Il ne peut qu’y avoir révélation. Un monde qui s’écroule et une révélation qui le remplace.

Car ce qui se révèle, ce n’est pas un nouveau monde, c’est « ce » qui se révèle.

Ce n’est pas un quelque chose qui se révèle.

C’est une qualité, qui perçoit et parallèlement diffuse sa présence dans le monde, dans sa révélation.

Il y a schématiquement trois mondes, trois niveaux de réalité qui se côtoient. Dans les temps actuels, la perméabilité semble plus fine entre ces mondes.

En Inde, les principes de vie ancestraux proposent de cheminer ainsi. Expérimenter pleinement ce premier monde. Fonder une famille. Tenter l’expérience de stabilité sociale, familiale, professionnelle. A la différence d’autres cultures, l’hindouisme intègre les deux autres mondes à ce premier monde. Ils ne s’opposent pas. Car l’individu sait qu’il a plusieurs incarnations possibles. Donc plusieurs états possibles. Sa temporalité est différente.

Donc si l’appel se fait sentir, l’individu quitte ses repères habituels et se met en chemin. Soit en pèlerin sur les routes et chemins, de lieux saints en lieux saints, soit en allant auprès d’un guide ou d’un être réalisé, soit en expérimentant la qualité d’ermite… Son nom change, sa relation au monde change. Concrètement, habillé de blanc ou d’orange, cet homme ou cette femme suit cette certitude. Plus qu’un appel, une certitude. C’est la voie spirituelle. Une qualité qui se manifeste à travers le perceptible, à travers la forme. Et cela rejaillit sur tous les êtres.

Il se peut que dans la perméabilité actuelle, ce qui semblait une exception exceptionnelle se manifeste de façon collective. Car nous ne pouvons que constater que cela apparait.

Parfois appelé sensibilité, il y a une qualité qui est un retournement naturel. Un passage d’un monde à l’autre, de façon plus ou moins rapide (dans la perception relative).

Un absolu qui côtoie le relatif, jusqu’à être perçu.

Et alors, naturellement, le retournement se fait. L’alchimie opère.

Ce qui était, dans le sensible, altéré et altérable devient non altérable. Car non attaché à cet altérable. Une émanation prend place. Cela est perçu.

Dans un premier temps de l’extérieur vers l’intérieur.

De la remise en question vers l’écroulement.

Puis de l’intérieur une émanation vers l’extérieur.

De cet écroulement, du mystère, les ailes de l’ange apparaissent. Le parfum de l’ange émane.

Puis il ne reste que ce qui est. Dans un retour au monde perçu.

Quand l’humain s’abandonne, l’ange apparait.

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